Pourquoi l’alarme de piscine est devenue un très bon dispositif de sécurité ?

Pourquoi l’alarme de piscine est devenue un très bon dispositif de sécurité ?

Monsieur Vincent Quéré, Directeur Général de MG International a confié à Votrepiscine l’histoire de son parcours et de la naissance de la société, en passant par ses évolutions. Si vous voulez savoir comment MG International a construit sa réputation d’aujourd’hui, lisez cet article.

Historique de la société

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours et votre fonction au sein de MG International ?

V.Q : Je m’appelle Vincent Quéré, j’ai 45 ans, 3 enfants, et je suis le Directeur Général de MG international. En termes de formation, je suis ingénieur de l’école centrale de Lille et titulaire d’un MBA d’HEC Paris.

Concernant mon parcours, j’ai travaillé pendant 12 ans en tant que responsable d’atelier puis responsable d’usine et enfin directeur dans l’industrie métallurgique, aéronautique, automobile et dans les produits ménagers. Le problème étant qu’à 36 ans, je participais à ma quatrième fermeture d’usine pour délocalisation vers l’Est et du coup j’ai décidé d’arrêter cette carrière et de partir faire une année d’école de commerce.

J’ai rejoint MG International en 2005, en tant que salarié. J’ai eu plusieurs postes avant d’être Directeur Général : j’ai participé aux acquisitions de la société, ensuite j’ai été directeur financier, directeur des opérations, et pour finir Directeur Général.

Comment est née MG International ?

V.Q : MG International est fondatrice de l’alarme piscine. Elle a été fondée en 2002 par deux associés dont les initiales sont M et G, qui n’étaient pas du tout du monde de la piscine. L’un des deux avait personnellement une piscine chez lui et un enfant en bas-âge. Il s’est dit que ce serait utile de détecter la vague que fait un enfant quand il tombe dans la piscine et de pouvoir le signaler par une sirène pour prévenir les parents s’il y a un risque de noyade.. Il est donc allé voir un ami qui avait un bureau d’études en électronique et informatique. Ils se sont rendu compte qu’il y avait la possibilité de créer un produit autour de ce concept. Il travaillait à l’époque en tant que commercial dans les télécoms et il s’est associé à un ami qui était commercial dans les vélos et à eux deux ils ont fondé la boite. Un pari qui a bien marché !

Quels sont les facteurs de la réussite de cette entreprise ?

V.Q : Ce pari a bien marché pour deux raisons principales : tout d’abord parce que c’était une rupture technologique, on a proposé un produit de sécurité beaucoup moins cher qu’une barrière. A l’époque, les alarmes se vendaient aux alentours de 700 euros alors que les premières solutions de barrières pour piscine étaient aux alentours de 3 500 euros.

Ensuite, de façon totalement indépendante de la création de cette société, il y avait une association de parents de victimes d’enfants qui se sont noyés dans une piscine, qui œuvraient pour avoir une loi. En 2003, nos gouvernements ont passé une loi sur la sécurité des piscines privées. Une des motivations qui a aidé l’assemblée nationale à prendre cette décision, c’est qu’il y avait suffisamment de concurrence et suffisamment de fournisseurs de solutions de sécurité, pour que cela ne créé pas de monopole. A partir de 2004, il a été obligatoire pour toutes les piscines neuves de s’équiper d’un des systèmes de sécurité (barrière, abri, couverture et alarme). A partir de 2006, il a été obligatoire pour l’ensemble des piscines.

Il y avait une double conjonction d’être le système de sécurité le moins cher à un moment où le système de sécurité est devenu obligatoire.

Parlez-nous de vos produits.

Alarme Aquasensor posé sur la margelle

Alarme Aquasensor

V.Q : Notre produit historique, lancé en 2005, s’appelle SENSOR Premium (il continue à avoir cette même dénomination depuis 2005 alors qu’il ne cesse d’évoluer). Nous commercialisons un deuxième produit appelé AQUALARM, qui se positionne sur la margelle de la piscine et qui était à l’époque un produit concurrent (nous avons fusionné ultérieurement avec la société fabriquant ce produit). Enfin, le dernier produit fait partie d’un autre segment de marché : il s’appelle ESPIO. Le concept marketing étant qu’il est discret et plus esthétique puisqu’il peut se poser sur le mur de côté de la piscine. Il a donc deux avantages : il est esthétique mais aussi compatible avec des couvertures de piscine, de sorte que l’alarme fonctionne même lorsque la couverture est ouverte.

Le secteur des alarmes

Quelle est l’évolution la plus marquante de ces dernières années ?

V.Q : Sur le secteur de l’alarme de piscine, on peut dire que l’évolution la plus marquante, à part l’arrivée de la loi pour les dispositifs de sécurité en 2003, a été l’année 2009.

Alarme Aqualarme de MG International

Alarme Aqualarme

Avant 2009, nos produits n’étaient pas encore technologiquement suffisamment avancés. Ils avaient un défaut important, c’était de sonner trop facilement, même la nuit. A l’époque, nous n’étions pas capables de reconnaître la vague créée par le vent et celle qui est créée par un enfant qui tombe.

A cette même époque, beaucoup de concurrents sont entrés sur le marché avec des produits qui n’étaient pas du tout performants. MG international avait inventé l’alarme de piscine mais dans les années 2007/2008, nous avions environ 20 concurrents. Parmi ceux-là, certains fabriquaient de bons produits, mais beaucoup d’autres commercialisaient des alarmes qui ne fonctionnaient presque pas, à tel point que l’enquête de l’Institut National de la Consommation (INC) l’a souligné en 2008. Il existait une norme mais elle n’était pas assez rigoureuse (chacun pouvait faire ses propres tests et faire certifier par le chef d’entreprise que le produit était conforme).

En 2009, le gouvernement a mis en place deux choses :

  • Une élévation très substantielle au niveau de la norme
  • Un décret gouvernemental disant qu’il est interdit que commercialiser en France, des produits qui ne répondent pas à la nouvelle norme la plus élevée. Et dans ce cadre, des laboratoires ont été désignés et certifiés pour délivrer la nouvelle norme.

Pour nous, il y a vraiment eu une rupture technologique en 2009. Désormais, nous sommes à ma connaissance, que trois ou quatre fabricants en France à avoir passé le niveau de la nouvelle norme.

Vous parlez de rupture technologique, comment avez-vous réussi à différencier le corps qui tombe de l’effet du vent ?

Alarme Espio posée sur le mur vertical de la piscine

Alarme Espio

V.Q : En début 2008, on a commencé à travailler avec un bureau d’études qui était le conseil de Renault Formule 1, ils faisaient de l’analyse concurrence. Ils écoutaient le son de la voiture qui faisait le tour de piste et à partir du son, ils essayaient de reconstituer comment était fait le moteur. Ils étaient capables de dire « à partir du 40eme tour que la voiture de Schumacher avait le neuvième cylindre qui allumait mal ». On leur a dit qu’on cherchait à trouver si la vague (le signal enregistré) était due au vent ou bien à un enfant qui serait tombé. Dans une piscine de 4mx8m c’est un défi facile pour des laboratoires de ce niveau. Le plus difficile étant de devoir tenir un an sur batterie, mais nous progressons petit à petit, notamment grâce à l’évolution des processeurs et calculateurs. Plus les années passent, plus on peut utiliser des micro-processeurs performants et plus on peut faire progresser nos produits.

Nous utilisons le même type d’algorithme que Shazam, utilisé pour reconnaitre des musiques. Nous bénéficions de cette avancée technologique que nous ramenons sur les alarmes pour piscine. Nous utilisons également les technologies militaires des sonars, qui sont capables de repérer un bâtiment ou un sous-marin à plus de 40 km de distance.

L’alarme d’aujourd’hui n’est plus l’alarme d’avant 2009 !

Pouvez-vous nous rappeler la différence entre une alarme immergée et la périmétrique ?

V.Q : L’alarme immergée détecte la vague provoquée par la tombée du corps dans la piscine, et l’alarme périmétrique, correspond à des barrières infrarouges que l’on met autour de la piscine (le rayon infrarouge circule autour de la piscine et chaque fois qu’une personne traverse ce faisceau, cela va déclencher l’alarme). Nous avons choisi le marché de l’alarme immergée.

Pourquoi l’alarme a-t-elle une image plutôt négative selon-vous?

V.Q : L’alarme de piscine a une image dans le grand public qui est assez négative, parce qu’il y a eu environ 300 000 produits vendus avant 2009, d’un niveau de performance trop basique. Nous avons vendu environ 450 000 produits depuis le début de la société, (certains ayant remplacé d’autres) mais sur ces produits, nous n’avons jamais été dans le cas d’une défaillance produit à la suite d’une noyade d’un enfant. L’alarme n’a jamais été mise en cause parce qu’un enfant ce serait noyé avec l’alarme allumée. Il y a eu le cas d’un enfant qui s’est noyé avec une alarme en panne, pour lequel le juge avait considéré que nous avions mal conçu notre premier boitier plastique (datant de 2003, et modifié depuis), ce qui avait entrainé une pénétration d’eau dans le boitier. Mais sur la partie de la détection, nous n’avons jamais eu de problème. Le problème des premières générations d’alarmes de piscine c’est qu’elles ont créé des nuisances de voisinage, en sonnant pour des raisons injustifiées…

Aujourd’hui, nous sommes donc sur une situation paradoxale au niveau de l’alarme de piscine, beaucoup de gens ont eu une expérience négative avec leur alarme étant donné qu’avant 2009 la plupart des produits sur le marché ne fonctionnaient pas suffisamment bien. Il faudrait quasiment changer le nom « alarme de piscine » pour s’écarter de cette image aujourd’hui car le produit n’a plus rien que le nom en commun avec les anciennes générations. Pour vous donner une idée, l’année dernière sur le produit le plus populaire, à savoir l’Aqualarm, nous avons eu 0.8% de retour produit.

Quels sont les bénéfices d’une alarme pour piscine ?

V.Q : L’alarme se remet en route automatiquement après la baignade. C’est une manière de fonctionner différente d’une barrière ou d’un abri qu’il faut refermer. L’alarme va détecter que les vagues se calment et lorsqu’il n’y a plus personne dans le bassin, elle se réactive.

Le deuxième bénéfice est que lorsqu’un enfant tombe, le système vous alerte immédiatement au moment où il faut aller vérifier. L’alarme sonne, contrairement à la barrière où, si un enfant saute par-dessus, rien ne vous avertira. Si la couverture est restée ouverte, vous ne serez pas avertis non plus. Là c’est un système qui va vous dire « allez vérifier, il se passe quelque chose dans votre piscine ».

Nous avons un produit avec une télécommande pour arrêter l’alarme à distance et nous avons choisi de limiter la portée du signal pour forcer les parents à aller voir le bassin et vérifier qu’il n’y a pas quelqu’un qui s’y noie. Nous ne voulons pas que les personnes puissent l’éteindre de leur cuisine.

Piscine naturelle : peut-on l’équiper d’une alarme ?

V.Q : Nous n’avons jamais équipé de piscine naturelle. Il y a certains bassins avec lesquels nous ne sommes pas compatibles. Aujourd’hui, nous détectons à la fois la vague de l’enfant qui tombe dans la piscine et à la fois les vagues qui auront rebondi sur les différents murs de la piscine et qui seront revenues. Les alarmes ne s’utilisent que sur des piscines qui ont de vrais murs sur les côtés, nous ne sommes pas capables de faire ça sur une piscine hors sol, sur une piscine gonflable ou encore en acier par ex. Nous serions capables d’équiper une piscine naturelle pour autant que les murs soient verticaux, il ne faut pas que ça descende progressivement. Il faut des murs verticaux et rigides. Une piscine hors sol en acier cela ne marche pas.

Amélioration des dispositifs de sécurité et baisse des noyades…

Est-ce que l’amélioration des dispositifs de sécurité est la seule raison de la baisse des accidents de noyade ?

V.Q : Globalement, ce qui devient intéressant, c’est qu’en termes d’accidentologie, le processus complet semble avoir fait ses preuves. La première chose, c’est la prise de conscience du danger de la piscine de la part des parents, il y a dorénavant en France une vraie éducation et sensibilité à la sécurité piscine. Les gens ont compris que la piscine pouvait être un endroit dangereux et qu’il fallait éduquer les enfants à ça. Si vous prenez un enfant de 3 ans, le laisser jouer à côté d’une piscine sans aucun dispositif de sécurité c’est comme le laisser jouer à côté d’une falaise. Il va tomber dans la piscine, il n’y a aucun moyen qu’il remonte. Ce n’est pas parce que c’est de l’eau, que c’est bleu et que c’est propre, que c’est moins dangereux qu’une falaise.

Il y a aujourd’hui 1 200 000 piscines éligibles à la loi sur la sécurité des piscines, c’est-à-dire des piscines qui sont enterrées ou semi-enterrées, et on atteint des chiffres de décès pour cause de noyade qui sont très faibles (ne dépassant pas les 10 par an). L’étude de l’INVS de 2012 nous communique sur le nombre d’enfants qui ont subi des noyades, ceux qui ont des séquelles et ceux qui en sont décédés.

Ce qu’on peut tirer des statistiques..

V.Q : Le problème étant qu’il n’y a pas que des noyades quand le bassin est vide, mais aussi lorsque des enfants se baignent et qu’un autre enfant de l’autre côté de la piscine se noie. Il n’y a pas de système de sécurité pour cela. Ce qu’on essaie de faire, c’est de lire la veille presse de la FPP sur les cas de noyade. Ce qu’on a vu, c’est qu’en France, avec plus de 1.200.000 familles concernées, on commence à avoir peu de décès d’enfants dans leur propre piscine, en revanche, on voit monter deux autres cas proportionnellement :

Les utilisateurs occasionnels de piscine (exemple : les gens qui sont en location saisonnière, qui n’utilisent la piscine une ou deux fois par an). Il y a eu un cas où deux petits jumeaux s’étaient levés la nuit pour aller se baigner. Mes propres enfants ont accès à notre piscine toute l’année, alors ils ne vont pas se lever la nuit pour y aller. De la même façon il y a les enfants qui vont en vacances chez les grands parents, car ces enfants ont une attirance vers la piscine plus forte que quand ils disposent d’une piscine tous les jours.

La deuxième situation c’est lorsqu’il y a des fêtes, des barbecues, des rassemblements familiaux, où il y a beaucoup de gens autour de la piscine mais personne qui regarde vraiment la piscine. Là aussi, il est essentiel de désigner un adulte en charge de la sécurité de la piscine, et le dispositif de sécurité vient en renfort de cette vigilance.

Pour conclure, chaque système prend sa place au sein de chaque famille, et il est important d’identifier les risques, même pour ceux qui ne possèdent pas de piscine chez eux. Il y a souvent une addition de causes qui fait qu’un accident arrive.

Laisser un commentaire